Perpignan, ville de brassage des peuples

A peine à 22 kilomètres de l’hôtel, Perpignan. Foyer de la culture catalane, romane et méditerranéenne, capitale de la Catalogne française, Perpignan est aussi la préfecture la plus au sud de la France métropolitaine, c’est vous dire si le soleil y passe du temps et s’il y fait bon vivre ! Les chiffres officiels lui accordent 2500 heures d’ensoleillement par an. Si Noël tombait en été, c’est à Perpignan que le père Noël habiterait, et il y a de grandes chances qu’au lieu de porter des bottes et un bonnet, il aurait des espadrilles et une casquette. D’ailleurs le jour où il prendra se retraite, c’est là qu’il viendra chauffer ses vieux os au soleil comme le font bon nombre de Nordistes en mal d’UV.

Car si aujourd’hui, Perpignan attire des populations grisonnantes venues d’ailleurs dans le but de s’y sédentariser, elle fût longtemps un lieu de passage entre le détroit de Gibraltar et la péninsule Italienne par la Via Domitia dont l’A9 reprend le tracé. Une ville frontière, donc, contestée, disputée, annexée, désirée par tant de légions, régiments et armées de tous poils, par tant de poilus d’origines et d’obédiences diverses. C’est ainsi qu’au XII ème et XIV ème siècle, elle devînt même la capitale du Royaume de Majorque, un petit Royaume, certes – puisqu’il fût le plus petit Etat méditerranéen ayant jamais existé – mais Capitale quand même ! C’est à cette époque que Perpignan connu son âge d’or. Pour preuve ses nombreux édifices que l’on peut encore aujourd’hui admirer si l’on se donne la peine de se perdre un peu à travers la ville. Car la ville se mérite, et à l’instar de son peuple catalan, elle n’est pas du genre à se faire valoir, à étaler se richesses au grand jour.

Perpignan, ville cosmique

Commençons par la gare, puisque c’est le seul moyen d’accéder à la ville par son centre, qui rappelons-le, est aussi le centre du monde si l’on en croit l’exubérant Salvador Dali. Gare qui inspira l’artiste au point d’avoir déclaré que c’est à cet endroit que lui sont venues « les idées les plus géniales de ma vie. Quelques kilomètres avant déjà, au Boulou, mon cerveau commence à se mettre en branle, mais l’arrivée à la gare de Perpignan est l’occasion d’une véritable éjaculation mentale qui atteint alors sa plus grande et sublime hauteur spéculative… » Rien que ça ! Il est peu probable que la nouvelle gare, quoi que très réussie si l’on aime le style « centre commercial » fasse un jour le même effet à un quelconque autre artiste. Il faut dire que les trains sont maintenant non-fumeurs, ce qui n’était pas le cas à l’époque. Faut-il y voir une explication ?

Perpignan et les trésors cachés

De là, poussons jusqu’à la Basse et ses berges verdoyantes et fleuries. La Basse est une rivière calme et docile. Un ruisseau presque, qui traverse la ville et vous conduira gentiment jusqu’à un monument massif, fait de briques rouges et de marbre de Baixas. Non seulement vous ne pouvez pas le manquer mais en plus vous allez le reconnaître. En effet le Castillet, cette imposante construction cubique qui domine la ville en est aujourd’hui l’emblème. Construit au XIV e siècle, c’est alors la porte principale de remparts de Perpignan. Plus tard, au XVII e et XVIII e siècle, il est transformé en prison. Aujourd’hui, il accueille le Musée des Arts et Traditions Populaires.

En s’aventurant un peu plus loin dans les rues moins fréquentées de la ville, on découvre le Campo Santo, un cloître cimetière, datant lui aussi du XIV, construit en parallèle de la cathédrale St Jean Baptiste que le roi Sanch 1er avait commandé pour remplacer la vieille église paroissiale St Jean qui datait de 1025. Malheureusement, au XIX ème, un entrepreneur racheta l’église en même temps que les immeubles autour pour y construire une cité. Il y installa la toute première centrale électrique, dalla le sol et endommagea les murs. On peut encore admirer son portail sculpté mais l’église ne se visite pas.

La cathédrale St Jean Baptiste, elle, mesure 80 mètres de long sur 18 de large. Sa construction fut chaotique. Commencée en 1324, elle fut interrompue par une guerre fratricide entre les rois de Majorque et ceux d’Aragon en 1344, puis reprise en 1433 et achevée au début du XVIe siècle. A l’intérieur de la tour octogonale se trouve un carillon de 46 cloches qui fut exposé en 1878 lors de l’exposition universelle de Paris avant de rejoindre la tour et d’entrer en fonction en 1885.

Vous n’êtes pas pressé de rentrer à l’hôtel. Perpignan est à vous.

Les amateurs de pierres et d’histoires saintes, peuvent et doivent poursuivre vers le sud en direction du Palais des rois de Majorque. Vous y croiserez l’église Notre Dame La Réal qui fût le théâtre d’un des événements les plus marquants de l’histoire religieuse occidentale. Benoît XIII, dernier Pape d’Avignon, soutenu par le royaume d’Aragon, réunit en 1408 un concile de cent vingt évêques à la Réal pour se faire légitimer.

A deux pas de là, un peu sur les hauteurs, précisément sur la colline Puig del Rei, vous trouverez le Palais des Rois de Majorque. Un palais forteresse édifié à la fin du XIIIe siècle dans un style Roman tardif puis gothique dès 1300, avec ses deux chapelles basse et hautes, ses trois cours carrées de 60 mètres de côté, ses écuries, ses jardins, son portail de marbre rose. Un monument incontournable, totalement représentatif de la culture arabo-hispanique, restauré en 2011 et 2012.

On pourrait aussi citer en plein cœur de Perpignan, l’hôtel de ville, le palais de la députation, la loge de mer.

Ou encore le Couvent des Minimes, situé dans l’ancien quartier juif qui accueille chaque année début décembre depuis plus de vingt ans une partie du célébrissime Visa pour l’Image. Ce Festival International du Photojournalisme est à Perpignan ce que le festival de la BD est à Angoulême. Des milliers de visiteurs, de journalistes, de photographes en herbes, d’étudiants et d’amateurs d’émotions fortes s’y pressent chaque année. Chaque fois, c’est un choc et l’occasion de se questionner, de s’étonner devant le monde dans lequel on vit, de découvrir ou de revoir ces scènes qui ont fait l’actualité, de s’interroger devant des images où se mêlent souvent la beauté graphique, l’horreur où la violence.

Alors quoi ? Elle est pas belle, la ville ? Avec ces monuments dont certains ont près de huit siècles, son tout nouveau théâtre imaginé et réalisé par le mondialement connu et reconnu Jean Nouvel, sa gare TGV qui mettra bientôt Barcelone à 45 minutes de Perpignan, son équipe de rugby, l’USAP, véritable institution au maillot sang et or présente parmi l’élite depuis 1911, son aéroport qui relie la ville à Paris, Manchester, Londres, Southampton, Nantes et Dublin, ses manifestations culturelles…

Pourtant, à en juger par les commentaires des visiteurs d’un jour de retour à l’hôtel, Perpignan déçoit. Malgré ses qualités. Malgré son patrimoine. Malgré ses 300 jours d’ensoleillement. Malgré ses infrastructures touristiques et culturelles. Malgré une situation géographique exceptionnelle qui la place non seulement au centre del mon – et plus précisément au centre d’un triangle dont les trois sommets ne sont autre que Barcelone, Toulouse et Montpellier – mais aussi à 13 km de la méditerranée, à 86 km du premier domaine skiable, au pied du mont Canigou, à 30 km de Collioure, à 13 d’Elne, à 40 de Serrabonne, à 23 de Castelnou, à 50 de Villefranche de Conflent dont l’ensemble fortifié a été inscrit au Patrimoine Mondial de l’humanité par l’UNESCO…

Malgré ça et surtout à cause de tout cela, de cette richesse environnante, de tous ces pôles qui magnétisent les intérêts, Perpignan reste une ville où l’on arrive pour repartir presque aussi vite vers des destinations toutes plus prometteuses les unes que les autres.

En fin d’après-midi, on quitte Perpignan. L’hôtel nous attend.

Il faut dire qu’à l’inverse de ses cousines espagnoles qui s’animent après le coucher du soleil, Perpignan, elle s’endort dès 19H 30 sauf pour d’exceptionnelles nuits d’insomnie. En temps normal, difficile d’y trouver une rue, une rambla, un quartier animé, des boutiques ou des bars sympas ouverts après la tombée de la nuit… Autant de critères indispensables pour accéder au rang de station touristique auquel, d’ailleurs, la ville ne prétend peut-être pas.

Pour résumer, on pourrait presque dire que Perpignan reste la capitale d’un bien beau pays. Bien trop beau pour rivaliser avec lui.